Lait : un accord de dupes

Un nouvel accord "interprofessionnel" sous l'égide de l'état vient d'être trouvé afin de maintenir le prix du lait au deuxième trimestre dans le cadre de ce qui avait été convenu en juin 2009. Ce compromis est censé soulager une partie de la profession agricole mais surtout leurs représentants ainsi que  le gouvernement en désaccord avec le monde paysan.

Mais que va-t-il se passer le 1er juillet 2010 lorsque les industriels vont annoncer les prix pour les mois suivants, alignés, pour partie, sur ceux pratiqués chez nos amis allemands ?

Nos décideurs nationaux vont bien être obligés d'admettre qu'ils ont été défaillants lors de leur représentation à la commission européenne à l'agriculture en laissant filer la maîtrise des marchés et ainsi sacrifier le monde paysan sur l'autel du libéralisme.

Il faut rappeler qu'au mois de novembre 2008, sous la présidence française et au tout début d'une tension sur les cours  des produits laitiers, la France s'est abstenue lors du vote des ministres européens concernant l'arrêt des quotas laitiers  ainsi que l'augmentation annuelle de ceux-ci afin de préparer les producteurs à cette période  post 2015. Pourquoi le ministre Barnier ne s'y est-il pas clairement opposé tout en proposant une forme de flexibilité permettant d'adapter la production européenne à la consommation européenne et éventuellement à une demande mondiale lorsque celle-ci est rémunératrice et non destructrice pour les pays tiers défavorisés ?

Mais rassurons nous, tout n'est pas perdu ! Effectivement le gouvernement  travaille à développer de nouveaux outils pour permettre de s'adapter à ce nouveau contexte (comprenez :réduisons le nombre d'agriculteurs afin que le gâteau, moins gros, soit plus facile à partager).

La nouvelle LMA (loi de modernisation de l'agriculture) devrait permettre d'accéder au rang d'entrepreneur pour les agriculteurs, de développer la contractualisation entre ceux-ci et les industriels, de promouvoir les systèmes d'assurances récoltes… pour résumer cette loi permettra  de défendre l'agriculture française dans sa globalité mais en aucun cas contribuer à maintenir en nombre important les paysans dont la disparition exponentielle pose tout de même le problème du reclassement professionnel.

Cette loi va être essentiellement proposée sous forme d'ordonnances afin de gagner du temps et nous sommes clairement opposés à son contenu parce qu'elle encourage l'accélération de la disparition d'emplois dans la production sans  pour autant qu'il n'y ait de transfert vers l'agro-alimentaire et aussi sans que le consommateur n'y retrouve un quelconque avantage.

Localement aussi la profession n'est pas en reste, pour s'assurer que cette restructuration remplira bien ses objectifs, les chambres d'agricultures bretonnes vont relever les seuils des PAD(projets agricoles départementaux), seuils qui déterminent l'accès à l'agrandissement.

Pourtant l'agriculture familiale, la plus autonome possible, en produisant du lait avec une part d'herbe très importante permet à ses producteurs de vivre correctement de leur métier avec des quantités moins importantes de lait produites par travailleur. Cette forme d'agriculture  moins énergivore, préserve l'environnement en consommant notamment nettement moins de pesticides et en produisant  moins d'excès de nitrates et phosphore.

Il faut par contre conserver le maximum de sièges d'exploitation afin que les animaux puisse pâturer cette herbe si économique à produire et qui permet de mieux supporter les variations de prix grâce aussi à des investissements moindres, c'est pour cette raison qu'il est totalement irresponsable de promouvoir cet agrandissement qui parait inéluctable aux yeux, entres autres des producteurs qui pour un grand nombre va disparaître même si on a toujours tendance à penser que son voisin est moins bien armé pour passer les caps douloureux.

Nos gouvernants nationaux actuels ont sous estimé les effets d'une politique agricole européenne commune orientée vers un libéralisme sauvage ou la seule loi de la jungle , pardon du marché , régit les échanges, devenu internationaux, d'une matière pourtant essentielle qu'est l'alimentation.

Pourtant ces mêmes gouvernants nous disent vouloir réguler les  marchés , développer l'emploi, limiter les migrations de populations… À quoi servent ces belles paroles si en parallèle on développe des outils aidant les spéculateurs et déstructurant  les agricultures du monde entier et ainsi faire payer très cher cette inconscience du long terme  à nos enfants ?

Notes
Crédit photo : Muffet (Creative Commons By)