Crise porcinne

Déplorée depuis des décennies par les écologistes, la politique agricole européenne nous conduit aujourd'hui dans une impasse structurelle qui était prévisible. Pourtant, nos économies, malheureusement conservatrices, nous avaient promis le contraire. En effet, l'économie libérale et mondialisée était sensée nous permettre de nous procurer à bas coût des ''marchandises'', en l'occurence alimentaires. Ainsi les consommateurs auraient pu dédier une partie de leur revenu à l'accroissement des richesses au travers de consommation de biens toujours "meilleur marché" dit aussi "bon marché"!...

La France, la Bretagne ont toujours défendu une agriculture et une industrie agro-alimentaire forte, sans se soucier ni de maintenir l'emploi au travers du nombre d'agriculteurs en place et d'emplois de qualité en aval de la production ni de prendre en compte des déséquilibres environnementaux. Le système de production dit "hors sol" était pourtant destiné à maintenir un tissu rural dense au début des années soixante.

Concernant cette crise, et plus particulièrement le porc, on peut s'étonner de la position d'une coopérative de ne plus participer à la cotation du marché au porc breton. Cette coopérative n'est elle pas l'outil de ses propres coopérateurs, donc de ses propres producteurs ? N'est ce qu'une manœuvre politicienne?

Sans réelle politique européenne de régulation de marché avec une adéquation de l'offre à la demande, il est illusoire de penser que l'Etat français puisse apporter une réponse pérenne à cette crise qui devient structurelle. Ce, d'autant plus que le parlement européen a supprimé quasiment tous ses filets de sécurité basé sur l'illusion que le marché pourrait s'autoréguler.

Il faut se rappeler que les meilleurs alliés de ce libéralisme se trouvent justement parmi les syndicalistes européens majoritaires, partisans de ce laisser aller destructeur d'emplois dédiés à la fourniture de produits alimentaires.

Il est possible de conserver en Bretagne un niveau de marge suffisant garantissant des revenus pour les agriculteurs comme pour les transformateurs.
Pour cela, il faut:
- Arrêter de fixer des prix basés sur le marché pour se fonder sur les coûts de production afin de cesser le dumping social et environnemental.
- Cesser de penser au volume pour aller vers des productions de qualité permettant une valeur ajoutée, seule garante sur le long terme de notre capacité à relever les défis du 21ème siècle.
Cela vaut d'ailleurs pour toutes les productions agricoles bretonnes.