Relevé de conclusions de la journée Bretagne Écologie du 18 juin à Mezières.

L'ensemble des personnes étaient issues des réseaux, partis et associations écologistes, syndicales, de défense des droits sociaux, économiques et environnementaux.

Constat partagé:
Nous vivons la "fin de quelque chose mais restons face à un renouveau qui ne démarre pas"...Le monde politique ne donne plus confiance: le travail en vase clos, le cumul de mandats, la connivence avec les secteurs économiques dominants éloigne chaque jour un peu plus les citoyens de la classe politique. Aucun parti n'échappe à la règle..Les partis restent des organes fermés: "des vases clos"...Leur fonctionnement est à la fois flou et compliqué..ils n'ont pas une vision claire et manquent donc d'optimisme...Globalement les réponses politiques sont de plus en plus éloignées des besoins des citoyens en particulier des plus démunis et fragilisés, notamment du fait que ces publics ne sont absolument pas partie prenante des décisions qui les concernent..Quant aux jeunes, ils réinventent des formes d'actions qui leur sont propres, souvent ponctuelles tout en s'inscrivant dans un projet partagé et en rupture avec les logiques conventionnelles.

En résumé, personne ne croit plus aux partis politiques pour faire face aux enjeux de l'étape de l'histoire de l'humanité que nous traversons.
Pour autant, les élus présents ont rappelé combien les mandats politiques, à condition de rester ancrés sur le terrain, permettent de gagner des luttes et de faire avancer une culture du changement.
En même temps, le milieu associatif (écologiste par exemple) n'est pas sans poser de problème également. Il manque assez souvent la synergie avec les élu-e-s pour activer efficacement les leviers de rupture avec les "vieux"systèmes..

Témoignage de François Dufour
Vice-président à l'agriculture en Basse Normandie 2010-2015..
Contexte: Président de la région PS Écolo-compatible..Climat de confiance..9 élu-e-s écologistes/40 (±25%) avec des délégations importantes: formation, culture, coopération décentralisée, agriculture...Véritable débat au sein de l'assemblée régionale sur des enjeux portés par les écologistes: OGM, nano-technologies,...
François a pu décliner concrètement une politique agricole audacieuse: sociale, locale et protectrice de l'environnement.
Raisons de cette réussite: son ancrage dans le milieu, sa connaissance des dossiers, des services efficaces. Il a su saisir aussi les opportunités pour décrocher des fonds européens conséquents du fait des orientations européennes encourageant le pilier social et environnemental de la politique agricole pour les années à venir. D'où l'importance d'être au rendez-vous des échéances et donc d'anticiper grâce à une vision claire de ce que l'on veut..Pour autant, le terrain n'a pas toujours suivi y compris au niveau des structures qui auraient dû porter les projets.. Alors que certains élus apportent des propositions et des moyens correspondant aux priorités partagés avec les réseaux, ces derniers ne sont pas toujours prêts à porter les projets. D’où les difficultés de synergie élus-citoyens.
Autre sujet illustrant le lien réseau-élus: la lutte gagnée contre GDE et son projet de décharge de déchets toxiques..C'est un sujet local qui a mobilisé les réseaux et fédéré de nombreuses personnes au delà des clivages habituels. Un engagement exigeant puisqu'il s'est traduit par 374 jours d'occupation jour et nuit du site..La fonction d'élu VP régional a apporté une caution décisive à la contestation menée notamment par le lien au ministère de l'écologie et Ségolène Royal...Le rôle de leader qui est sur le terrain et donne confiance au moment de l'action reste un ingrédient essentiel pour gagner "la cause" à défendre sur la durée.

L'engagement des élus écologistes en Basse Normandie avec un bilan positif au regard des besoins des citoyens et de la société ne s'est pas traduit pour autant dans les urnes au moment du renouvellement de l'équipe régionale. C'est tout le paradoxe!! La question de savoir comment on communique pour être plus proches des citoyens et faire reconnaître l'engagement concret des élus qui font vivre l'écologie pratique, reste totale.
L'après midi , les échanges se sont centrés sur :
Quelles pistes pour faire progresser notre projet et prendre notre part et notre place. dans les prochaines échéances à venir ?
Pour introduire le débat, certains éléments forts du texte d'orientation de BE ont été rappelés  l’Écologie est désormais la condition de la viabilité sociale et économique des modèles d'organisation à construire..L'écologie est donc fondatrice d'un point de vue social, sociétal et culturel, environnemental et économique.
L'écologie est populaire car les modèles alternatifs sont possibles à mettre en œuvre avec peu de moyens mais avec et par une intelligence collective et de la cohésion sociale.
L'écologie politique et pratique repose sur la stratégie non-violente. Seule, la désobéissance civile est en capacité de réussir durablement les ruptures avec les modèles dépassés en place pour construire collectivement et pacifiquement l'avenir. Elle consiste à désobéir à la loi pour créer du droit là où il n'y en a pas ou plus et à rendre légal ce qui est légitime.

La question de la stratégie s'est articulée autour de plusieurs enjeux :
1 - Le « timing »..Les échéances électorales (présidentielles et législatives en 2017) nous rythment et d'une certaine façon nous piègent. Mais on ne peut pas passer à côté et être hors sol. Importance donc d'être dans le débat tout en préparant l'après. Il s'agit bien de travailler à une refondation qui ne se fera pas en un jour pas plus qu'en une campagne...
2 - Se rassembler. On ne gagne rien tout seul. Élections ne rime pas automatiquement avec partis. D'autres forces existent. Il importe de trouver des lieux de rassemblement notamment autour des actions à l'échelle des territoires où les militants écolos sont très impliqués et où s'engagent également une multiplicité d'acteurs.
3 - Ramener la crise environnementale au cœur du débat.C'est la question prioritaire par excellence. Si les écologistes. ne le font pas, qui le fera ?
4 - L'importance des leaders. Qui peut-on soutenir ? Nicolas Hulot est-il écolo-compatible ?
Il lui manque le discours social. Il est peu présent sur cette question. Pour autant, c'est jusqu'à ce jour le seul en capacité de porter haut et fort la parole Ecologiste et de transcender le clivage inopérant droite/gauche. En tout état de cause, il est compliqué de trouver un candidat idéal et la perspective de voir l'écologie obtenir un résultat à 2 chiffres à l'occasion de la présidentielle serait enfin une reconnaissance et un encouragement.
5.- L'importance du projet des écologistes et de la transition énergétique. Tout est déjà écrit. Nous avions des lunes d'avance de ce point de vue. L'essentiel est de faire en sorte que l'appropriation par le plus grand nombre se réalise. Il nous faut renforcer notre message sur la vision de la société et du monde que nous portons. Nous avons plus besoin de philosophie que d'économie. La quête de sens est le manque le plus partagé dans le société aujourd’hui surtout au niveau des jeunes. Le succès du film « demain » auprès d'un large public toutes générations confondues montre que les citoyens sont à la fois à la recherche de réflexions ( de sens) et d'actions concrètes (mise en œuvre du changement).
En résumé : soyons audacieux pour porter haut et fort le projet de l'écologie politique. Nous ne sommes pas uniquement des anti-nucléaires, des anti-OGM, des anti-nano.... Nous ne sommes ne sommes pas non plus que des pro-énergies renouvelables, des pros-agriculture paysanne, des pros économie collaborative, des pros-justice sociale et environnementale planétaire...des pro-Avenir... Nous sommes pour un développement soutenable respectueux des générations à venir et inscrit dans un projet de transition à court moyen et long terme.

Nous nous engageons à poursuivre la réflexion dès la rentrée (retenez la date du 17 septembre) en élargissant les invitations à d'autres personnalités susceptibles de réussir cette alchimie du destin commun dans le respect des diversités.