Lettre des élu-e-s n°27

A l’occasion de sa venue au SPACE, le Premier Ministre annon-çait sa volonté d’accorder plus de souplesse aux élevages porcins et avicoles désireux de s’agrandir.
Nous avons alerté les ministres de l’écologie et de l’agriculture chargés de mettre en œuvre concrètement cette décision car cette mesure ne répond pas à la crise que traverse actuellement l’élevage breton.
Cette annonce, lancée au moment où la Région se bat pour res-taurer et améliorer la qualité de ses eaux, a sans doute satisfait les te-nants les plus acharnés du productivisme agricole breton dans leur course en avant vers le toujours plus gros et toujours plus grand ; mais comment a-t-elle été ressentie par tous ceux qui depuis 50 ans se battent pour faire évoluer l’agriculture bretonne vers plus de soutenabilité et de prospérité ?
Les résistances sont nombreuses et fusent de toutes parts. Le désespoir pousse certains syndicalistes salariés ou agriculteurs à des blocages, voire à des actions violentes. La droite est bien mal inspirée de chercher à profiter politiquement de cette situation. Elle qui ne cesse de dénoncer la montée de l’insécurité ferait bien d’éviter de souffler sur les braises pour accroitre les tensions car au final, c’est à son extrême que profitera cette posture.
Oui, la détresse est grande pour de nombreux producteurs dépendant des décisions des industriels et des grandes coopératives agricoles tellement détachées de ceux qu’elles sont censées fédérer.
Oui, de nombreux paysans bretons sont victimes de la crise pro-fonde de modèles de production qu’on leur a toujours présentés comme magiques et incontournables. La presse s’est faite écho ces jours-ci de l’inquiétant accroissement du nombre de suicides d’agriculteurs, véritable drame sur lequel Solidarité Paysans nous a alertés depuis plusieurs mois.
Oui, des centaines, voire des milliers de salariés à qui les patrons de l’agro-alimentaire n’ont jamais proposé formation ou perspectives se retrouvent aujourd’hui démunis devant la fermeture de leurs entreprises ou les restructurations annoncés. Chez Marine Harvest, chez Gad, chez Caby qui subissent des décisions brutales. Chez Doux ou chez Tilly-Sabco entrainés dans des fronts communs d’un nouveau genre au sein desquels les dirigeants font oublier leur imprévoyance et leurs investissements hasardeux au service, trop souvent, de leurs propres intérêts.
Notre gouvernement propose des mesures pour répondre à l’urgence sociale. Mais nous savons tous qu’il nous faut aussi construire à l’échelle des territoires avec les acteurs déjà impliqués, de nouveaux modèles de soutenabilité.
La confirmation par le GIEC, de l’ampleur des enjeux et des pro-fonds bouleversements qu’ils pourraient impliquer doit de la même façon nous conduire, à construire une véritable transition économique, énergétique et climatique, seule réponse à la hauteur de tels risques.
« L’objectif de réduction des émissions de GES d’un Facteur 4 à l’horizon 2050 nécessite l’introduction de ruptures dans nos modèles socio-économiques », nous dit le Schéma Climat Air et Energie.
Nous espérons que le travail entamé sur Bretagne 2030 permettra aux Bretons de débattre de ces indispensables ruptures et de les mettre en œuvre afin d’en finir avec la religion du PIB.

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