Lettre des élu-e-s n°33

Celles et ceux qui tiennent la plume et le crayon sont la conscience du monde des esprits libres et de la dignité de l'humanité, notre bien le plus précieux.
C’est pourquoi l'annonce de l'exécution de nos amis de Charlie Heb-do, ce sinistre 7 janvier, nous a plongés dans l'horreur et la sidération. Il nous a fallu du temps pour réaliser l'infamie de l'attentat qui se donnait pour fin de tuer Charlie, Notre Charlie.
Pour accroitre encore un peu plus les peurs et les tensions, les as-sassins ont choisi d’agresser la communauté juive, abattant au hasard leurs victimes comme si elles étaient coupables de fréquenter une épicerie casher un jour de shabbat.
Seul le silence, le recueillement nous ont permis de nous relever pour nous retrouver ensemble comme autant de consciences, un temps désespé-rées, mais plus que jamais déterminées à lutter contre la violence et la barba-rie.
Il était vital de parvenir à nous rassembler. Une force collective a re-posé, simplement sur nos volontés et engagements personnels : nul besoin d'étiquette ou d'appartenance. Cela a constitué le plus bel hommage à ceux qui, par leur humour, nous donnaient du bonheur et un encouragement aux survivants à continuer leur tâche.
On va assister maintenant à toutes sortes de surenchères sécuri-taires notamment, et cela est d’autant plus insupportable, de la part de ceux dont la haine de l’autre constitue le meilleur fonds de commerce électoral.
Comme l’ont souligné des enseignants dans un texte décapant(*), « si les crimes perpétrés par les assassins sont odieux, ce qui est terrible, c’est qu’ils parlent français avec l’accent des jeunes de banlieue […]. Tragédie. Dans quelque culture que ce soit, cela provoque ce sentiment qui n’est jamais évoqué depuis quelques jours : la honte. […]. Personne ne semble vouloir en assumer la responsabilité. Celle d’un Etat qui laisse des imbéciles et des psychotiques croupir en prison et devenir le jouet des pervers manipulateurs, celle d’une école qu’on prive de moyens et de soutien, celle d’une politique de la ville qui parque les esclaves (sans papiers, sans carte d’électeur, sans nom, sans dents) dans des cloaques de banlieue. Celle d’une classe politique qui n’a pas compris que la vertu ne s’enseigne que par l’exemple ».
Et Aujourd'hui, si nous sommes Charlie, citoyens debout pour la dé-fense des libertés, nous ne pouvons rester indifférents à ce qui se joue dans le monde. Notamment au Nigeria, là où les massacres perpétrés par le groupe Boko Haram se sont multipliés ces derniers jours et ont plongé le pays dans l’horreur. Une quinzaine de villages ont été attaqués en quelques jours, « des centaines de corps jonchant le sol », décrivent les rares survivants. Comment ne pas dénoncer le fléau barbare imposé à ce jeune blogueur Raïf Badawi condamné à des coups de fouet et 10 ans de prison pour avoir défendu la to-lérance. Personne n'oubliera que ceux qui tiennent la main de ses bourreaux défilaient à Paris ce 11janvier pour défendre Charlie. Si nous sommes Charlie, en conscience, nous ne pouvons pas fermer les yeux. Notre indignation, notre colère, notre mobilisation, ne peuvent pas être sélectives.
Alors oui, il faut continuer à échanger pour comprendre comment on en est arrivé là, il est indispensable de construire une société laïque et fra-ternelle dont le signe de réussite ne peut être le petit pourcentage de gain de croissance. C’est notre sécurité et celle de nos enfants qui en dépendent.
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(*) : texte d’un collectif d’enseignants de Seine Saint-Denis

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