Lettre des élu-e-s n°34

Depuis le 11 janvier 2015, la société cherche des explications aux dérives sectaires qui ont conduit les responsables des attentats à commettre leur folie meurtrière.
Un grand débat sur la laïcité et la République s’est engagé. Le rôle indispensable de l’éducation a été souligné. L’école est mobilisée pour apporter une réponse républicaine à la violence et à l’intolérance et c’est tant mieux car c’est un signe que les pouvoirs publics ne cèdent pas au mirage du tout sécuritaire.
Au-delà notre société doit également s’interroger sur son rapport à la jeunesse. Parmi les réponses à apporter, l’organisation nouvelle d’un service civique a été évoquée à droite et à gauche avec tous les raccour-cis et les approximations qu’entrainent des réponses précipitées.
Au nom du brassage social et de la transmission des valeurs de la République, un certain nombre de députés, ont même souhaité qu'il de-vienne obligatoire comme l'était le service militaire, auquel certains, avec une nostalgie déformant la réalité, prêtent aujourd'hui beaucoup de vertus.
Cette proposition est d’abord financièrement délicate. Dans la pé-riode que nous traversons, où trouver, les trois milliards d'euros qui se-raient nécessaires ? Et qui serait en mesure d’accueillir 650.000 jeunes ? L’armée s’est depuis longtemps professionnalisée et à déjà vendu une bonne partie de son patrimoine immobilier. Les associations n’ont pas les moyens suffisants pour multiplier le nombre de postes qu’elles pourraient proposer. D’ailleurs, celles qui sont aujourd’hui engagées dans l’accueil des volontaires ne sont pas forcément favorables à ce qu'il devienne obligatoire. L'an dernier, sur les 150.000 jeunes qui souhaitaient s'engager, seuls 35.000 ont pu le faire faute de places.
Depuis 2010, année de sa création, un peu plus de 65.000 jeunes ont effectué un service civique. D’après les études et les enquêtes, pour beaucoup de jeunes, le service civique est un moyen d’acquérir une expérience professionnelle, de constituer un réseau, de renforcer leur CV. Et ça marche : 74 % disent qu'il leur a permis d'acquérir de la confiance en soi et 77 % de se constituer un réseau.
François Hollande l’a souhaité lors de sa dernière conférence de presse : à partir du 1er juin prochain, tout jeune pourra demander à faire un service civique et l'agence pour le service civique sera renforcée pour gérer le dispositif. Et c’est tant mieux. La notion d’universalité est plus constructive et enthousiasmante que celle de l’obligation et de la contrainte.
Comme l’a souligné François Chérèque, président de l'Agence du service civique, rendre ce service obligatoire, serait lui donner un ca-ractère punitif. C’est pourtant ce que souhaiterait vouloir faire une partie significative de la classe politique. Faute d’avoir été capable de construire une société fraternelle et solidaire, cette vieille génération veut faire payer une jeunesse qu’elle ne comprend pas. Une manière de creuser un peu plus le fossé qui sépare la société et ses représentants.

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